Issu du blog de Les Lucindas
Voici un extrait du Monde diplomatique de décembre 1999 concernant le non létal.
voirlapage
Vers la guerre sans morts ?
Hypocrisie des armes non létales
Devant l'horreur soulevée par les images des morts infligées par leurs armées dans le cadre d'opérations de guerre moderne (maintien de la paix, sécurité, etc.), les Occidentaux se sont lancés dans le développement d'armes nouvelles, destinées à paralyser l'adversaire plutôt qu'à le détruire. En dépit de cette rhétorique a priori séduisante, les armes dites « non létales » ne font, en fait, qu'élever le niveau de la violence, en élargissant la palette des techniques de répression. Si les pays démocratiques laissent leurs fabricants d'armes développer cet attirail, il sera exporté vers des lieux où l'on hésite moins à brutaliser les populations.
Par Steve Wright
La guerre voit désormais le recours aux « boucliers humains » et à la prise en otages de civils se banaliser. Les bombardements massifs, politiquement primitifs, ne permettent plus de l'emporter dans des conflits internes complexes - même si les bombes sont qualifiées d'« intelligentes » ou utilisent de nouveaux matériaux comme la fibre de carbone. Dans le sillage de la guerre du Kosovo se prépare une révolution dans la stratégie militaire (1).
Le bénéficiaire principal de ce nouvel état d'esprit est le Pentagone, auquel le président William Clinton a accordé une augmentation de budget de 110 milliards de dollars sur six ans. Selon William Hartung, chercheur au US World Policy Institute (New York), le budget militaire des Etats-Unis, qui se monte à plus de 260 milliards de dollars annuels, n'a de sens qu'en termes politiques et économiques, et non en réaction à une réelle menace contre la sécurité américaine. Une telle somme, souligne-t-il, « est déjà deux fois plus importante que le total des budgets de tous les adversaires imaginables des Etats-Unis, en prenant en compte des puissances majeures comme la Chine et la Russie et des "Etats parias" comme l'Irak, la Corée du Nord et la Libye (2) ». Pour William Hartung, ce sont les fabricants d'armements qui décident de la politique étrangère et militaire des Etats-Unis.
Or ceux-ci préparent, dans le cadre d'une nouvelle doctrine, des systèmes d'armes qui vont faire éclater les frontières entre le militaire et le policier.
La fin de la guerre froide a marqué le basculement des conflits vers des questions de sécurité nationale ou d'intervention extérieure plutôt que d'affrontement entre Etats. Dès lors, les stratèges américains ne rêvent que d'une chose : la « guerre propre ». L'émergence d'une génération d'armes destinées à mutiler, paralyser ou immobiliser l'adversaire est née de la collaboration de naïfs écrivains de science-fiction (Chris et Janet Morris) et de futurologues (Alvin et Heidi Toffler) avec l'ancien directeur de la CIA Ray Cline, ainsi qu'avec le colonel John Alexander (3).
Ensemble, ils développèrent une doctrine de guerre centrée sur une panoplie d'armes et de tactiques avancées « non létales ». Le département de la défense définit ces dernières comme « des systèmes d'armes explicitement conçus et principalement employés de manière à frapper d'incapacité des personnels ou du matériel, tout en minimisant les morts, les blessures permanentes et les dommages involontaires aux domaines et à l'environnement (4) ». La plupart des partisans de cette doctrine reconnaissent toutefois le caractère théorique de cette notion et préfèrent parler de technologies « moins létales ».
La collaboration des écrivains avec ces militaires leur ouvrit les portes des laboratoires d'armement nucléaire Lawrence Livermore et Los Alamos, à la recherche d'un nouveau rôle après la fin de la guerre froide. Cette doctrine humaniste d'une « guerre sans morts » présentait un double avantage : tout en relançant la recherche, elle constituait une opération de relations publiques permettant de sortir d'une série d'épisodes désastreux (l'affaire Rodney King, le siège de Waco et les humiliations endurées par l'armée américaine en Somalie).
En tant que commandant en chef des armées, le président William Clinton serait, dit-on, très sensible à une telle doctrine. Ses collaborateurs indiquent qu'il souffre lorsque meurent des innocents, et qu'il se souvient encore du nom de Laylar al-Attar, célèbre peintre irakien décédé lors des premiers bombardements aériens sur Bagdad. De plus, à l'« ère de l'information », les morts civils et les « dégâts collatéraux » peuvent avoir un impact important sur les opinions.
On proclama donc qu'il n'était plus réaliste d'ignorer la présence de civils et de non-combattants sur le champ de bataille. L'armée doit être capable de conduire ses missions en conséquence. Ainsi, il lui faut pouvoir interdire l'accès à une zone, contrôler une foule, appréhender une personne ou immobiliser un véhicule.
Une boîte de Pandore
Parmi les outils nécessaires pour de telles missions, on recense : munitions à impact contondant (armes cinétiques, qui ne pénètrent pas dans le corps mais assomment la victime), vaporisateurs d'agents chimiques, calmants, grenades à percussion, choc électrique, systèmes « antitraction » ultraglissants, force acoustique, enchevêtrements/filets, mousses, barrières, faisceaux d'énergie, rayon laser isotrope (source lumineuse intense et omnidirectionnelle), superpolymères (pour créer un brouillard adhésif, immobilisant) et mines incapacitantes.
Les recherches ont débouché sur un arsenal plus adapté à réprimer l'expression des problèmes sociaux et politiques qu'à agir sur leurs racines. Les militaires admettent volontiers que la doctrine ne consiste pas à remplacer des armes mortelles par des solutions moins meurtrières, mais bien à augmenter la puissance mortelle, à la fois en situation de guerre et dans des « opérations autres que la guerre », dans lesquelles les cibles principales comprennent des civils. Une boîte de Pandore s'est ouverte, pleine de technologies conçues pour paraître - mais non pour être - humanistes. Car, à cause du facteur CNN, les armes de répression doivent désormais être présentables devant les caméras.
De fait, les « progrès » dans ce champ d'innovation ont été fulgurants. Dès 1995, le groupe de travail des armées américaines sur les armes non létales (US Joint Non-Lethal Weapons, JNLW) avait pu tester divers types d'engins à impact contondant, d'irritants chimiques, de technologies de désorientation, de filets et de barrières de mousse aqueuse. En 1996, le groupe avait évalué des filets et de la mousse adhésive, des mines passives incapacitantes, des agents chimiques de contrôle d'émeute (capables, au choix, de causer une douleur aiguë de rendre temporairement aveugle, de faire vomir ou étouffer, ou d'endormir), des barrières glissantes et des mines Caltrops/Volcano (qui explosent lorsqu'une personne pénètre dans une zone interdite) ainsi qu'une arme acoustique.
Plusieurs de ces projets ont d'ores et déjà été réalisés : des systèmes destinés à arrêter les tireurs isolés (sniper stopper), comme le SDS, commandé par l'Advanced Research Projects Agency (ARPA), qui serait capable de détecter le souffle du canon et de riposter (5) ; une version du fusil d'assaut M16 modifiée pour tirer des grenades éponges (XM1006) de 40 mm, tout en conservant son usage létal de balles de 5,56 mm ; un système de projectile à vélocité variable, qui fait d'une même munition un outil de contrôle de foule par impact modéré, ou, à pleine vitesse, une arme meurtrière. Les lasers aveuglants, dont des prototypes furent testés en Somalie (6), sont maintenant arrivés à maturité.
La plupart des programmes d'armes « moins létales » sont hautement classifiés, mais leur succès commercial est tel que des informations apparaissent régulièrement dans la presse spécialisée. Toutefois, pour se faire une idée précise de ces développements, il fallait se rendre aux conférences organisées par la revue Jane's à Londres en 1997 et 1998.
Le JNLW, dans son programme de recherche pour l'année 1997, avait proposé six axes aux laboratoires liés au gouvernement : détecteurs de présence ; balles à enveloppe friable ; armes adaptables non létales ; outils de distribution à longue portée ; véhicule sans équipage. Il reçut soixante-trois projets, dont trois furent sélectionnés par un jury pour leurs aspects techniques et pratiques - diffuseurs chimiques ; fibres araignées ; pulsateurs électromagnétiques (destinés à stopper les véhicules). Le programme 1998 dégageait quatre directions : effets incapacitants réglables ; projection à longue portée ; estimation de faisabilité ; et alternatives non létales aux mines antipersonnel.
Au cours de la conférence Jane's 1997, Mme Hildi S. Libby, directrice du programme militaire pour les systèmes matériels non létaux, se fit l'avocate d'une panoplie de technologies avancées destinées à « s'insérer dans les plates-formes d'armes existantes ». Son exposé était, sans surprise, centré sur les munitions permettant d'isoler une zone (7). En effet, les Etats-Unis refusent de signer le traité sur les mines antipersonnel avant l'an 2006, afin de pouvoir développer des solutions de rechange « convenables ». Mme Libby présenta ainsi des projets tels que :
- une mine antipersonnel « non létale », basée sur la mine classique M1*A1 ;
- une charge « non létale » de 66 mm de maintien ou de répression de foule ;
- un système de tir de munitions diverses (balles en « caoutchouc », gaz, mines incapacitantes, etc.) ;
- une mine liante antipersonnel, qui enclot sa victime dans un filet. Parmi les « améliorations » déjà testées de cette mine : l'ajout d'adhésif, d'irritant ou d'électrochocs. Ou d'un effet « lames de rasoir », qui oblige les personnes ciblées à rester complètement immobiles pour limiter les lacérations (8).
Les conférences Jane's 1997 et 1998 auront également permis de dévoiler des armes gardées secrètes, comme le pistolet Vortex, qui émet des ondes de choc vers le corps humain ; et des armes acoustiques, dont l'effet, selon l'expert américain William Arkin, peut être « juste gênant » ou réglé pour « produire 170 décibels, causer des ruptures d'organes, créer des cavités dans les tissus humains et causer un traumatisme potentiellement létal ».
La conférence Jane's de 1998 permit de présenter le « concept de défense en couches », où les pelures extérieures de l'oignon de défense sont les moins meurtrières et où, lorsqu'on se rapproche du centre, elles deviennent de plus en plus létales. On y diffusa une vidéo de démonstration, où des troupes faisaient usage d'armes à micro-ondes, avec à leurs côtés des personnels médicaux qui soignaient les victimes comateuses.
Au-delà des possibles violations du serment d'Hippocrate, M. Steven Aftergood, directeur de la Fédération des scientifiques américains, souligne le caractère extrêmement intrusif de ces armes : « Elles ne s'attaquent pas seulement au corps d'une personne. Elles sont destinées à désorienter ou à déstabiliser son mental. » De tels engins peuvent interférer avec les régulateurs biologiques de température du corps humain ; les armes à fréquence radio, par exemple, agissent sur les connexions nerveuses du corps ou du cerveau ; les systèmes à laser induisent, à distance, des chocs électriques « tétanisants » ou « paralysants » (9).
Plusieurs organisations non gouvernementales se sont opposées aux armes non létales, en soulignant la contradiction qui existe entre ces termes. Dans le feu de l'action, on craint qu'il ne soit pas toujours fait usage des options incapacitantes si une option plus violente est à portée d'interrupteur... au risque de dissoudre la frontière entre contrôle de foule et exécutions sommaires.
Effet de cliquet
De telles armes peuvent être déployées dans des contextes très différents de ceux que le fabricant aura envisagés. Le nombre d'exécutions quotidiennes dans le conflit rwandais s'explique en partie par la technique paralysante consistant à couper le tendon d'Achille des victimes, pour revenir plus tard les achever.
Le brouillard adhésif, qui colle au sol ses victimes, les produits chimiques qui assomment les foules et les systèmes paralysants qui fixent les gens sur place pourraient ainsi, de manière paradoxale, rendre les zones de conflit encore plus meurtrières lorsque les victimes auront été préalablement anesthésiées. En Irlande, laboratoire de la première génération d'armes non létales, un effet de cliquet se produisit : l'usage de ces armes nourrissait et exacerbait le conflit (10).
Amnesty International dispose de témoignages sur plusieurs cas où de telles armes ont servi à des répressions de rue. Ne serait-ce qu'aux Etats-Unis, où, lors d'une manifestation pacifique, des écologistes se virent asperger, directement dans les yeux, de gaz au poivre aux effets « équivalant à de la torture ». L'organisation a également fait état de l'usage répété, au Kenya, de gaz lacrymogènes très agressifs ; mais, deux ans après avoir réussi à en faire interdire l'exportation par le gouvernement britannique, elle put constater que les grenades utilisées, le 10 juin 1999, pour réprimer une manifestation pacifique avaient cette fois été fournies par... une compagnie française, Nobel Sécurité (11).
Une fois développés ces systèmes répressifs, leurs fabricants seront tout enclins à servir le marché porteur des Etats tortionnaires. Amnesty, envisageant cette perspective, examine la question de savoir si ces armes aux abus évidents devraient être interdites, comme elle le pense pour les chocs électriques (12). La question fondamentale est la suivante : dans quelle mesure ces armes sapent-elles les traités internationaux et les législations de défense des droits humains ? Par son programme Sirus (13), le Comité international de la Croix-Rouge suit une approche analogue. A l'heure actuelle, la plupart des armes interdites, comme les gaz toxiques, les balles explosives, les armes aveuglantes à laser et les mines, sont conçues de manière à infliger une blessure spécifique, de manière uniforme. Il est temps d'exiger l'interdiction générale de toutes les armes, présentées comme « non létales », qui ciblent de manière spécifique des éléments anatomiques, biochimiques ou physiologiques.
Steve Wright.
about non lethal, history and statements
WAR WITHOUT BLOOD?
havea peep
Hypocrisy of 'non-lethal' arms
The horror of images of deaths caused by Western armies in military operations, designed to maintain peace and security, has led to the development of new arms that are intended to paralyse, not destroy. Yet for all this seductive rhetoric, so-called "non-lethal" arms have the potential to increase the level of violence, spawning ever more advanced techniques of repression. And if democratic countries let their arms manufacturers develop these techniques, they will be exported to places less concerned about brutalising their populations.
By Steve Wright
The use of "human shields" and civilian hostage-taking is becoming increasingly common in modern warfare. All-out bombing is not just politically primitive but does not help resolve complicated internal conflicts - even if we are talking about smart, carbon fibre bombs. A revolution in military strategy is coming in the wake of the conflict over Kosovo (1).
Perhaps the major beneficiary of this thinking is the Pentagon, which has benefited from President Bill Clinton's decision to give it a gold- plated spending increase of $110bn over six years to boost "military readiness". According to William Hartnung, senior research fellow at the US World Policy Institute (New York), the total United States military budget of $260bn plus, only makes sense in terms of politics and economics, rather than any real threat to American security. Such a sum is, he says, "already twice as large as the combined budgets of every conceivable US adversary, including major powers like China and Russia and regional "rogue states" such as Iraq, North Korea and Libya"(2). For Hartnung, the weapon-makers are shaping US foreign and military policy. They are preparing, within the framework of a new doctrine, weapons systems which will break down the delineation between military and police.
With the end of the cold war we have seen a move away from conflicts between states towards questions of national security or external intervention. Since then US military policy makers have been dreaming of "war without blood". The emergence of a second generation of maiming, paralysing and immobilising weapons in the early 1990s grew out of a collaboration between naive US science fiction writers (such as American Quakers Chris and Janet Morris) and high-profile futurologists (Alvin and Heidi Toffler) with former CIA Director Ray Cline along with Colonel John Alexander (3).
Together they developed a doctrine of "non-lethal" warfare centred on the provision of advanced "soft-kill" weapons and options. The US Defence Department defines these as "weapon systems that are explicitly designed and primarily employed so as to incapacitate personnel or materiel, while minimising fatalities, permanent injury to personnel, and undesired damage to property and the environment" (4). However, most advocates of the doctrine recognise the theoretical nature of this notion and prefer to speak of "less lethal" technologies. The collaboration of writers with the military opened up doors into the US national nuclear weapons laboratories at Los Alamos and Lawrence Livermore, desperate for a new role at the end of the cold war. The humane new doctrine of "war without blood" had a double advantage: it relaunched research and was at the same time a useful public relations exercise after a series of disastrous episodes (including the high profile beating of Rodney King, the Waco siege, and the humiliating confrontations US troops endured in Somalia).
As US commander in chief, President Clinton is known to be particularly susceptible to such a doctrine. His aides say he still agonises over bringing death to innocents and remembers the name of Layla Al Attar - a celebrated Iraqi painter who was crushed by the first military air- strikes on Baghdad. Besides, in the information era civilian deaths and "collateral damage" have a big impact on public opinion.
Thus current US doctrine now says it is unrealistic to "assume away" civilians and non-combatants on today's battlefield. The army must be able to execute its missions in spite of and/or operating in the midst of civilian personnel. These missions include blocking an area; controlling crowds; stopping vehicles and seizing individuals.
Pandora's box
The potential tools for achieving these objectives include blunt trauma impact munitions, riot agent dispensers, calmatives, pyrotechnic stun, electric stun, anti-traction, acoustics, entanglement/nets; foams; barriers; directed energy, isotropic radiators, super polymers (to create an immobilising fog) and "non-lethal" mines.
This quest for a magic bullet weapon that does no harm created a new arsenal of weapons more useful in developing a media-friendly "quick fix" for the symptoms of social and political problems than resolving their real causes. The US military freely admit that the doctrine is not meant to replace lethal weapons with "non-lethal" alternatives but to augment the use of deadly force in both war and "operations other than war", where the main targets include civilians. A dubious Pandora's box of new weapons has emerged, designed to appear - rather than be - safe. Because of the ubiquitous CNN factor they need to be media friendly. Progress in this area of innovation has been swift. By 1995 the US Joint Non-Lethal Weapons working group had tested various blunt impact devices, chemical irritants, disorientating technologies, entanglements and aqueous foam barriers. By 1996 this group had evaluated entanglements and sticky foam; modular non-lethal claymore mines; chemical riot control agents; slippery barriers and Caltrops/Volcano mines (that explode when someone enters a forbidden zone) and an acoustic "vortex ring" weapon.
Many of these projects have already been evolved including sniper stopper systems such as the SDS system, commissioned by the US Defence Department's Advanced Research Projects Agency, which can detect muzzle blast and fire back (5). We also have M16 rifle adaption which allows it to fire 40 mm XM1006 sponge grenades whilst retaining its lethal force option of firing 5.56 mm bullets; a variable velocity projectile system that enables a single munition to be used as a crowd control blunt impact device or become a lethal sabot if a switch is pulled to open gas vents. There is also the USAF's Saber 203 laser dazzler system, prototypes of which were used by US Marines in Somalia in 1995 (6).
Even though most of the new less-than-lethal initiatives are highly classified, they have spawned a string of lucrative commercial contracts which are occasionally reported in the defence press. However, the clearest picture of progress to date has emerged from three recent conferences sponsored by Jane's Defence Weekly, held in London between 1997 and 1999.
For their 1997 programme the Joint Non-Lethal Weapons directorate had proposed six topics to government laboratories. These included personnel sensing fuses; frangible shell casings; non-lethal anti- materiel/materiel, "tunable" weapons; long range delivery means; and unmanned vehicle capability. It received 63 responses. Two review panels looked at technical and user merit, and three were selected for funding: chemical diffusers, spider fibre and non-lethal electromagnetic pulsers for stopping vehicles. The 1998 programme included four topics: "tunable" non-lethal effects, long range projection, gap analysis and non-lethal alternatives to antipersonnel land mines.
At the 1997 conference, Hildi S. Libby, systems manager for the US army's non-lethal material programme, advocated a range of advanced technologies to "insert into existing weapons platforms". Not surprisingly many of her proposals centred on area denial munitions (7). The US will not sign the land mines treaty until 2006, when "suitable" alternatives have been developed. Libby presented options such as:
- a non-lethal antipersonnel mine, based on the design of the M1*A1 lethal system. Little in the way of hard data exists to determine how much of a 'sting' this device produces. Riot munitions based on kinetic impact rounds have often caused internal organ damage, blindness and death;
- a non-lethal 66 mm vehicle-launched payload; a flexible response weapon that might be used in conjunction with other systems to corral or punish a crowd;
- cannister-launched area denial systems, used for delivering so-called non-lethal mines, malodorous devices or kinetic systems for attacking crowds;
- a bounding anti-personnel net mine which springs up from the ground to entangle the victim. So-called improvements already tested include the incorporation of adhesive, pain-delivering irritant or electroshock, or in the larger versions, razor-bladed additions which oblige the targets to remain completely still to avoid further lacerating injuries (8).
Both the 1997 and 1998 Jane's conferences discussed a range of invisible weapons such as the Vortex gun (an advanced system for delivering shock waves to the human body); acoustic bio-effect weapons (which according to US expert William Arkin can be "merely annoying" or "can be tuned to produce 170 decibels and rupture organs create cavities in human tissue and cause potentially lethal blastwave trauma".
The 1998 Jane's conference presented the "layered defence concept" where the outer layers of the control onion are less-lethal and the central area is deadly. Video was shown of microwave weapons being used by troops accompanied by medical staff who treated the comatose targets.
Contradiction in terms
Apart from potentially undermining the Hypocratic oath, this work has been carried out in such secrecy that it is difficult to evaluate claims of safety. For example, Steven Aftergood, director of the Federation of American Scientists, has commented that high-powered microwaves are almost uniquely intrusive. "They do not simply attack a person's body", he says. "Rather they reach all the way into a person's mind ... They are meant to be disorientating or upset mental stability." Such devices heat up and interfere with human body temperature, including so-called bio- regulators; radio-frequency weapons that interfere with the brain and body's own electrical circuitry; and laser systems that can either semi-blind or induce so-called tetanising electrical shocks (that paralyse muscles) (9). In January the European parliament called for a ban on such weapons.
Many non-governmental organisations have voiced opposition to non-lethal weapons arguing that they are a contradiction in terms. Critics say that in the heat of the moment few operatives will favour "phasers on stun" (in Startrek parlance) if they also have a more permanent lethal option. This risks blurring the distinction between crowd control and summary street executions.
Apart from undermining international humanitarian law, such weapons can be deployed in very different contexts from those that the designers envisage. For example, the daily rate of executions recorded in the Rwandan conflict was due to a paralysing tactic of cutting the Achilles tendon that allowed the subsequent killing to be done at leisure.
Sticky foam guns that glue targets to the ground, calmative chemicals that knock out a crowd and paralysing systems that fix people in place are devices that might paradoxically make conflict zones even more lethal - deadly weapons could well be deployed against sitting ducks. In Ireland, the laboratory of the first generation of non-lethal weapons, the use of these weapons encouraged and exacerbated the conflict (10).
Amnesty International has already reported cases where such weapons have been used for street punishment, for example in the US, where peaceful environmental protesters had their eyes directly sprayed with pepper gas — which Amnesty characterised as "tantamount to torture". The organisation has also documented the repeated use in Kenya of a very strong form of tear gas. Two years after it succeeded in getting the British government to ban its exportation, Amnesty reported that the substance used to subdue a peaceful demonstration on 10 June 1999 was supplied by a French company, Nobel Sécurité (11).
Once the repressive systems are developed, their manufacturers will be tempted to service the market demands of the torturing states. Amnesty has recognised this prospect and is examining whether weapons that are inherently "abusable" should be banned, like electro-shock and stun technology (12). The basic question is to what extent these systems undermine international treaties and human rights law. With its Sirus project, the International Committee of the Red Cross (ICRC) is adopting a similar approach (13). To date, most weapons that have been prohibited, such as poison gas, exploding bullets, blinding laser weapons and landmines, were designed to inflict a specific injury, and to do so consistently. According to the ICRC, it is time to impose a general ban on all so-called non-lethal weapons that cause superfluous injury or unnecessary suffering by specifically singling out anatomical, biochemical or physiological targets.
* Director of the Omega Foundation, Manchester, UK.
Original text in English
(1) See Maurice Najman, "Developing the weapons of the 21st century", and Francis Pisani, "Mars gives way to Minerva", Le Monde diplomatique, English edition, February 1998 and August 1999 respectively.
(2) William D Hartung, "Ready for What? The New Politics of Pentagon Spending", World Policy Journal, New York, Spring 1999: http:// worldpolicy.org/HartungW.html
(3) Formerly involved in the rather more lethal US Army Special Phoenix programme in Vietnam - a campaign of 20,000 killings. See Lobster, Hull, 25 June 1993.
(4) See the website of the Quantico marine college (Virginia): http://www.concepts.quantico.usmc.mil/nonleth.htm
(5) Jason Glashow, Defense News, US, January 1996.
(6) Scott Gourley, "Soft Options", Jane's Defence Weekly, London, 17 July 1996.
(7) Outlines: http://www.dtic.mil/ndia/NLD3/libb.pdf
(8) Alliant Tech's Fishook mine, developed in 1996, aims for a cannister-launched area denial system to shoot out a thin wire with fishhooks "to cover a soccer sized area". Marketing manager Tom Bierman says that "It's intended to snag, it's not going to kill you". Not unless your co-targets panic.
(9) The UK defence ministry's Defence Evaluation Research Agency in Farnborough was looking at such a "freezer ray". See "Raygun Freezes Victims Without Causing Injuries", Sunday Times, London 9 May 1999.
(10) See Steve Wright, "An Appraisal of Technologies of Political Control", Report to Scientific and Technological Options Assessment, European Parliament, 1998 (http://jwa.com/stoa.atpc.htm).
(11) See Commerce of Terror, Amnesty International, Paris, October 1999.
(12) See Amnesty International, "Arming the torturers", Le Monde diplomatique, English edition, April 1997. Also available from Amnesty International, International Secretariat, Arming the Torturers, Electroshock Torture and the Spread of Stun Technology, London 1997.
(13) ICRC, The Sirus Project, Geneva, 1997: http/www.icrc.org