Asilomar, l'éthique prête-à-porter !!

Posted on dimanche, mai 16, 2010, under






                                    Source image: Aya Takano








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Préambule et Traduction par Les Lucindas 
 
By Eli Kintisch. Posted Thursday, April 22, 2010,


Cet article écrit par un membre du google-group (pro)géoingénierie a le mérite de faire un compte-rendu sans fard et particulièrement synthétique de ce qui a fondé en amont et en aval, La Conférence d’Asilomar 2010 sur la géoingénierie : la quête de ce même « possible éthique » qui a servi à justifier la conférence d’Asilomar 1975 sur les OGM ??

En s’appuyant sur les piliers de la bio éthique médicale, les géoingénieurs entendraient ranger les dangereux effets pathogènes de leurs expérimentations dans la petite rubrique « effets indésirables » d’une notice à ce qu’ils présentent comme leurs grands remèdes aux grands maux de notre planète.


Lire à ce propos la traduction d’un commentaire avisé, laissé par H.O.M.E. sous cet article. Retrouvez la en fin de message.



(ndlr : il est question dans cet article de « planet hacker », « hacking planet », sans doute cette terminologie reprend celle de « bio-hacker » qui désigne un chercheur en génétique : http://dictionnaire.sensagent.com/Bio-hacker/fr-fr/ Dans ce cadre-là, il serait donc plus pertinent de garder le mot original, de le franciser, et d’y coller le préfixe géo : géohackeur, géohacking. Le néologisme est une solution parmi d’autres, elle est bien sûr discutable, disséquant la langue de manière peu académique, mais que sommes-nous en train de faire de la planète ? Le but est de coller à la réalité.)



(ndlr2 : cette traduction est semi synthétique, mais le changement des pronoms personnels de la troisième à la première personne du pluriel a été strictement respecté.)











Terre Mère a de la fièvre.
Les tests en géoingénierie devraient-ils être régis par les mêmes principes que l’éthique médicale  ?


Environ 200 scientifiques de 14 pays se sont rencontrés le mois dernier au fameux centre d’Asilomar, délibérément choisi pour ce qu’il symbolise. Ces 5 jours de discussions se sont concentrés sur une volonté d’élaborer des règles pour la recherche sur la réflexion par les nuages, la culture d’algues géantes et autres interventions à très grande échelle visant à refroidir la planète. On ne sait pas ce que va donner une telle rencontre mais l’intention de ses organisateurs est évidente : raviver l’esprit d’avant-garde qui avait réuni des biologistes, les pionniers de la révolution moléculaire, au même endroit en 1975, dans le but d’établir les bases pour une étude prudente et éthique d’agents pathogènes mortels.
Les organisateurs d’Asilomar II, comme ils l’ont appelé, espéraient réaliser à peu près la même chose pour des expérimentations de géoingénierie potentiellement dangereuses. Au lieu de se concerter sur de nouveaux traitements médicaux pour les populations, les scientifiques engagés dans la recherche pour géohacker la terre traquent de nouveaux moyens de traiter la planète. La comparaison du réchauffement planétaire à une maladie curable était au centre des discussions. Le climatologue Steve Schneider de Stanford a parlé « d’administrer une méthadone planétaire pour nous sortir de notre addiction au carbone. » D’autres ont débattu sur quelle « dose » de géoingénierie serait nécessaire. Les penseurs d’Asilomar ont donc surtout développé l’idée qu’une éthique médicale pourrait fournir un cadre de travail pour jauger les risques et les bénéfices de toutes ces nouvelles recherches.
Qu’est-ce que cela signifierait d’appliquer les principes établis de la recherche biomédicale au domaine émergeant de la géoingénierie ? Les éthiciens d’Asilomar, en particulier David Winickoff de Berkeley et David Morrow de l’Université de Chicago, ont commencé avec les trois piliers tirés du Rapport de Belfort de 1979 (http://ohsr.od.nih.gov/guidelines/belmont.html) Le premier, le respect des personnes, dit que les scientifiques devraient obtenir un « consentement en connaissance de cause » de la part des sujets visés. Le deuxième, la bienfaisance, requiert des scientifiques la vérification des risques et des bénéfices d’un test donné avant de le commencer. Le troisième, la justice, invoque les droits des sujets de recherche à bénéficier des avances médicales découlant des tests. (Les gens qui sont considérés à risque devraient être les mêmes que ceux qui pourraient bénéficier des résultats positifs.)
Ensuite Winickoff et Morrow ont proposé d’appliquer les principes de Belfort aux études des formes les plus agressives de géoingénierie, comme celles qui bloqueraient les rayons solaires comme une éruption volcanique en épandant des sulfures et autres particules dans la stratosphère. Avant de pouvoir s’embarquer dans de telles interventions, nous aurions besoin de faire des tests à petite échelle. De la même manière qu’un test pour des médicaments peut produire des effets indésirables sur l’organisme de ses sujets, un test sur le terrain pourrait avoir des effets sur la couche d’ozone ou les pluies.
Le problème, ont admis les éthiciens, est comment appliquer les principes de Belfort à un domaine qui n’est pas celui de la recherche médicale ? Dans les tests cliniques, les chercheurs obtiennent les consentements à la discrétion des individus et peuvent définir précisément les résultats, dont la mortalité. Mais un test dans la stratosphère ne peut pas affecter une population spécifiquement identifiable. Le climat interfère dans tout, et reste mystérieux pour les scientifiques, et il en est de même pour les risques, même à petite échelle, et d’autant plus si on les applique à échelle globale. Si tout le monde peut être touché, à qui doit-on demander le consentement ?
Une possibilité serait de demander à toutes les nations du monde de bien vouloir agréer dans un même temps toute conséquence de tout test. Mais cela semble naïf aux yeux des membres d’Asilomar, vu qu’on n’a pas su se mettre d’accord sur les émissions de carbone, alors sur ce qui pourrait affecter l’ozone ou des récoltes. Une approche plus pragmatique serait d’établir une sorte de Conseil de sécurité des Nations Unies sur le géohacking, composé des 15 nations les plus puissantes qui pourraient avoir une vision suffisamment large pour prendre en compte les autres pays. Mais cette approche antidémocratique va sûrement soulever un vent de protestations..
Le principe de bienfaisance semble juste bien difficile à respecter. En fait avec les règles de Belfort, les docteurs doivent faire la part des choses entre les risques particuliers et les bénéfices potentiels de tel ou tel essai clinique pour chaque individu participant. Puisqu’il est impossible d’appliquer ce calcul, les géohackeurs pourraient au mieux choisir les expérimentations causant le moins de dégâts aux populations les plus vulnérables, comme celles vivant sur les côtes d’Asie du sud est. Mais nous ne connaissons pas encore les impacts et les risques pour faire des approximations le moment venu. Par exemple, épandre des particules dans la stratosphère pourrait réduire l’énergie globale qui touche la planète, certaines modélisations prévoient une baisse des pluies car cela réduirait le phénomène d’évaporation dans l’atmosphère. D’autres disent que les sècheresse et famines provoquées par la géoingénierie ne seraient pas aussi graves que celles du réchauffement. Actuellement, personne ne peut se mettre d’accord sur la nature des risques, encore moins sur le degré qu’ils appliqueraient sur telle ou telle communauté.
Epandre des particules de sulfure réduirait la mousson en Asie ; qui est une source d’eau pour des centaines de millions de gens en Inde, et ce sont eux qui se « prendraient les risques en pleine poire ? » crie une voix. Si les représentants d’une poignée de pays se font nommer médecins de la planète, alors les populations des pays les plus faibles finiront cobayes. Bien sûr, ces mêmes populations vont payer très cher les effets du réchauffement climatique. Ces deux dangers doivent être mesurés l’un par rapport à l’autre, et une compensation prévue pourrait faire partie d’un programme expérimental et le rendre plus équitable.
Un autre principe éthique qui pourrait s’appliquer à la géoingénierie est la minimisation – l’idée qu’il est a priori plus heureux de faire des retouches à très petites échelles.(http://stacks.iop.org/ERL/4/045106) Cette notion vient de l’éthique des expériences sur les animaux, mais il s’agit d’appliquer cela à une échelle planétaire. Peut-être faudrait-il cesser de focaliser sur le point de vue humain, pour se concentrer sur les impacts de la géoingénierie du point de vue de la planète.
Une fois cela établi, nous pourrions y gagner à penser la terre comme un patient. Les règles et réglementations que nous amènerions avec les tests de géoingénierie devraient donc plutôt prendre en compte la manière dont ils affectent les écosystèmes et les animaux, qui sont tout autant menacés par le réchauffement. Ainsi le pilier le plus connu de l’éthique médicale pourrait être appliqué : le serment d’Hippocrate. « Tout d’abord, ne fais pas de mal, ne nuis pas » est le point crucial du serment original, mais une version actualisée (http://www.pbs.org/wgbh/nova/doctors/oath_modern.html) encourage les médecins à éviter le double piège de l’overdose médicamenteuse et du nihilisme thérapeutique. La crise climatique peut nous forcer à agir en dépit de la myriade des défis éthiques, pour notre bien et celui de la planète.









Traduction du commentaire laissé par H.O.M.E. sur cette même page :
Les 175 ingénieurs, commerciaux et autres copains qui se sont réunis à Asilomar représentaient autant le consensus sur la géoingenierie qu’une réunion raëlienne sur le clonage humain. Ce groupe s’est auto sélectionné pour mettre en œuvre des « arrangements volontaires » entre privilégiés pour mettre le souk sur terre. Ces grands enthousiastes de la géoingénierie n’ont fait que tricoter leur propre bas de laine.
A côté de ça, 70 organisations de sociétés civiles ont signé une lettre ouverte s’opposant à ce genre de réunion et la semaine dernière une coalition globales de groupes et individus s’est crée (dont le mouvement global des paysans, des amis de la terre et des personnalités comme David Suzuki, Vandana Shiva, Frances Moore Lappe) pour clairement répudier la possibilité d’expérimentations de géoingénierie sur le terrain.
Cette campagne s’appelle the Hands Off Mother Earth (H.O.M.E) Campaign et toutes les organisations comme les individus peuvent la rejoindre sur le site www.handsoffmotherearth.org.
Ces dernières années nous avons beaucoup vu et entendu tout un tas de partisans de la géoingénierie, peu représentatifs d’un consensus qui ne peut de quelle que manière que ce soit, considérer comme acceptables la géoingénieurisation de la planète. Nous espérons que la campagne H.O.M.E. va rééquilibrer ce consensus et remettre en tête aux politiciens que leurs décisions n’affectent pas que leurs petits groupes d’intérêts communs. La terre est notre lieu de vie à tous, et non un laboratoire.
Please consider joining the HOME campaign at http://www.handsoffmotherearth.org










Plus sur la conférence d'Asilomar 2010 sur la géoingénierie dans les pages de ce blog:
Non à la planification mondiale de la géoingénierie !! Non à Asilomar !!
Traduction de la lettre de Rachel Smolker concernant la conférence d’Asilomar.











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