Les techno-fixes, chapitre 2

Posted on dimanche, juillet 04, 2010, under










Traduction du rapport de Corporatewatch.org sur les techno-fixes
par
Les Lucindas.

PDF original en anglais :   télécharger / consulter en ligne.






Voir précédemment :
CHAPITRE 1 : LA TECHNO-FIXATION




CHAPITRE 2 : Régler le problème du changement climatique par la techno-fixation : les problèmes et les alternatives.



« Nous ne pouvons pas régler nos problèmes en gardant le même état d’esprit qui les a engendrés » Albert Einstein


Poser les bonnes questions.

Les solutions technologiques proposées échouent souvent devant la complexité de la réalité du monde parce qu’elles ne répondent pas aux bonnes questions. Les agrocarburants sont bien évidemment une bonne réponse au problème du transport s’ils répondent à la question « Comment les gens vont faire marcher leur voiture sans pétrole ? » Mais la question est de savoir comment les gens peuvent aller là où ils ont besoin d’aller sans nuire au climat? A partir de là on peut réfléchir à la nécessité de limiter les trajets en relocalisant les emplois et les services ou en investissant dans les transports publics verts. Poser les bonnes questions alors qu’il est temps de vraiment changer les choses, peut mener à des solutions qui, loin d’être de pauvres substituts à une vieille habitude, seront de meilleures alternatives avec des bénéfices sociaux réels. Des changements positifs peuvent se faire en situation de crise, mais ils dépassent le simple recours à la technologie, et requièrent un encadrement pour surveiller les propositions technologiques qui doivent œuvrer dans un contexte systémique particulier. Ce chapitre veut poser ces questions utiles.

La politique des technologies.

Le débat autour des solutions technologiques dépasse le clivage risques/bénéfices d’un dispositif ou d’un système technologique en particulier. Certaines questions sont générales et d’autres sont spécifiques aux technologies proposées comme solutions aux changements climatiques.

Le problème de la technologie est en partie une question de valeurs, où la position dominante appartient habituellement à ceux que l’on pourrait communément appeler les optimistes de la technologie. Cette position optimiste soutient que :

  • le développement technologique est droit et positif, donc appartient à la voie du progrès.
  • Les inconvénients et risques liés à la technologie ne pèsent rien comparés aux bénéfices que l’on peut tirer du progrès technologique, qui peut compenser les désagréments subis auparavant en rectifiant les problèmes causés par les technologies existantes.
  • La technologie peut résoudre des problèmes sociaux.


L’alternative à cet optimisme peut être appelée scepticisme technologique. Cette approche repose sur les arguments suivants :
  •  le rapport coût / bénéfice d’une technologie pour une société est souvent neutre ou négatif.
  •  L’inéluctabilité et la justesse supposées de la technologie sont un mythe.
  •  Les problèmes sociaux ont besoin de solutions sociales. La croyance reposant sur le fait que des solutions technologiques peuvent remédier à ces problèmes comme à ceux causés par des technologies développées auparavant est une dangereuse illusion qui ne traite pas des causes politiques et sociales de ces problèmes.
  •  Les technologies dépendent du politique et imposent obligatoirement une structure de contrôle et d’organisation.



Par exemple, l’énergie nucléaire a des implications politiques majeures depuis qu’elle requiert un développement à grande échelle ; un haut niveau d’expertise scientifique et de précaution ; une organisation strictement contrôlée et une sécurité armée. Chaque société utilisatrice du nucléaire doit maintenir ces éléments sociaux et politiques pour garder cette technologie. Quelques soient les opinions sur l’énergie nucléaire comme moyen de production électrique ou solution aux gaz à effets de serre, celle-ci est de facto incompatible avec un modèle social et économique démilitarisé, organisé sur le local et à petite échelle. C’est un exemple extrême, mais on peut aussi considérer de quelle manière l’agriculture mécanisée et chimique présuppose une structure au sein de laquelle les agriculteurs touchent des subventions, possèdent une vaste surface de production pour maintenir les investissements et travaillent plus pour vendre que pour l’alimentaire local. L’introduction d’un tel système technologique dans une société basée sur un haut niveau d’autosuffisance et une économie financière informatisée, où de petits possesseurs cultivent à temps partiel mènerait donc à un changement social où, comme dans tout changement, il y aura des perdants et des gagnants.

C’est une erreur de présumer que la technologie est en elle-même neutre et devient politisée de part la façon dont on l’utilise et l’implante. Les technologies ne relèvent pas d’une abstraction existant par elle-même, elles interagissent toujours avec des structures sociales et le pouvoir, reposant sur un statu quo, le pouvoir des corporations dans un système global.

Le chapitre 3 se penche sur les intérêts des corporations pour la technologie et étudie quelles sont les considérations qui sont susceptibles d’influencer l’évaluation des développements technologiques proposés.



Les questions pour l’évaluation des technologies justes et efficaces de réduction du changement climatique.


Qui possède la technologie ?

Pas juste l’équipement (stations, oléoducs) mais les brevets et autres propriétés intellectuelles. Certaines technologies, en particulier les agrocarburants seconde génération, l’hydrogène, le nanosolaire, ont tendance à être dominée par une poignée de entreprises possédant les brevets dont elles réclament les royalties.
Comment cela affectera-t-il leur déploiement si ces technologies peuvent être mise en pratique ? Avec quelques 4000 autres brevets de « technologies propres » déposés en 2006 9 juste aux Etats Unis, est-il légitime que de possibles solutions aux changements climatiques soient maintenues en otage de cette manière ?


Qui contrôle la technologie ?

C’est une question de contrôle et de démocratie. Si l’approvisionnement devient rare, qui l’obtient, celui qui en a besoin ou celui qui paye ?

Par-delà cette question, qui va décider des solutions aux changement climatique et quelles technologies vont être choisies comme étant les meilleures ? Comment peut-on rendre ces décisions démocratiques e faisant participer ceux qui seront le plus touchés ? Les gouvernements décident quelles technologies subventionner avec les fonds publics. Mais une plus grande part d’investissement vient du privé, qui mise sur le profit et non sur le bénéfice social. Et même, les gouvernements suivent souvent les investissements des grandes entreprises, très bien représentées par des Conseils de Recherches et autres organisations qui eux –mêmes influent sur les décisions publiques.


Qui tire profit des technologies ? Et qui se retrouve lésé ?

Est-ce que l’équilibre gagnants/perdants est juste ou équitable ? Par exemple, les agrocarburants apportent des bénéfices aux entreprises qui les produisent et les vendent. Ils peuvent maintenir les prix des carburants bas pour les possesseurs de véhicules fonctionnant avec, mais faire augmenter le prix de la production alimentaire en monopolisant les cultures au détriment des petits agriculteurs.

Les nouvelles technologies peuvent aussi améliorer la justice sociale : par exemple le développement de systèmes hydroélectriques locaux peut produire de l’énergie sûre, pas chère, et maîtrisable pour les gens autour sans avoir à appartenir à un quadrillage centralisé.

Dans la plupart des discours sur la réduction du changement climatique, l’économique prime sur le social. Promouvoir des nouvelles technologies qui ne respectent pas la justice sociale ne fera qu’exacerber les tensions déjà existantes et les rendre impossible à dénouer dans le futur. Il faut privilégier celles qui sont équitables, accessibles et démocratiques et surtout qui ont un effet qui va au-delà que la réduction des gaz à effets de serre.

En ce qui concerne le changement climatique, il est le fait de la consommation à outrance des pays riches, et ses impacts ont surtout atteint les populations des pays pauvres. La question du changement climatique est en elle même une question sociale et il serait doublement injuste de promouvoir des solutions qui empirent la situation de ceux qui en souffrent déjà.

La justice doit aussi prendre en compte le point de vue intergénérationnel : une technologie peut-elle coûter aux générations futures pour arranger les générations présentes ? Par exemple le stockage des déchets nucléaires, qui ne se dégradent pas, les centrales nucléaires qu’on ne peut pas arrêter. De même, il faudra encore stocker du carbone durant des siècles bien après avoir épuisé les réserves d’énergie fossile.


La technologie est-elle durable ?

Le fait de réduire les gaz à effet de serre ne suffit pas à prouver qu’une technologie est bénéfique. Elle peut user d’autres ressources, en consommant des minéraux rares ou en abîmant d’autres écosystèmes et la biodiversité. Elle peut entrainer une pollution, un gaspillage hasardeux, d’autres activités nocives. Par exemple le stockage du carbone repose sur l’exploitation houillère et encourage plus d’extraction pétrolière, puisqu’il est question de sauvegarder le pétrole. Enfin, une technologie peut-elle être utilisée à long terme sans entrainer une augmentation d’impacts négatifs ?


Quelle échelle une technologie peut-elle atteindre ?

Si une technologie est présentée comme étant une solution à un problème, elle doit l’être à l’échelle de ce problème. Par exemple, une nouvelle source de carburant doit pouvoir couvrir les besoins en pétrole. Or, le recyclage des huiles alimentaires ne suffit pas, car les quantités sont trop faibles. Les premières générations d’agrocarburants n’ont donc pas marché, malgré leur équité sociale.

L’extensivité scalaire n’élimine pas une technologie, mais permet de faire le tri parmi les coups d’éclat et les mauvaises réponses qui ne sont là que pour perpétrer un marché.


Quand cela sera-t-il valable ?

Les scientifiques du climat disent qu’il faut commencer la réduction dès les prochaines années pour atteindre leur quasi élimination dans 20 ou 30 ans. Les technologies qui ne peuvent être efficaces dans ces délais occuperaient inutilement des ressources destinées à des systèmes plus immédiatement valables, qui peuvent prouver qu’ils marchent.

La focalisation des gouvernements et des firmes sur la réduction des émissions pour 2050 peut être tout aussi bien une stratégie de divertissement. 2050 reste assez lointain, et permet de continuer sur notre lancée, en attendant la percée d’une technologie miracle future. Et ce n’est pas gagné que nous atteignons nos buts pour 2050.
Où en sont les techno-fixes pour un pic global des émissions d’ici 2015 ?



Les problèmes avec la techno-fixation


Ignorer la question des échelles et de la source des problèmes.

En ciblant les solutions technologiques on évite de chercher à comprendre comment ce problème est arrivé, pourquoi il continue d’empirer, et qu’est-ce que nous devons faire pour le stopper.

Le changement climatique est le résultat de la consommation à outrance des énergies fossiles et des ressources forestières et agricoles; environ 1/3 des émissions proviennent de la déforestation et de l’agriculture 10. Cette consommation continue d’augmenter avec la croissance économique. Les améliorations entrainées par les technologies ne vont pas s’attaquer directement à la consommation et à la croissance, pour cela il faut changer radicalement de système économique. Sans de tels changements, toute tentative technologique de réduction sera immédiatement happée par l’augmentation continuelle de la consommation, et d’éventuels progrès dans les émissions seront aussitôt convertis en permis de consommer plus. Les technologies qui encouragent les consommateurs à maintenir leur haut train de vie dépendant entre autre des énergies fossiles, comme la captation et le stockage du carbone, ne peuvent pas régler la question des habitus de consommation sur lesquels repose l’économie des pays riches et qui sont également la cause d’autres problèmes, comme le changement climatique et la chute de la fertilité des sols et des réserves en eau potable.

Même le GIEC suggère à présent que la réduction soit de 85% pour 2050 11, et d’autres sources suggèrent 90% d’ici 2030 pour la Grande-Bretagne 12. La technologie ne peut pas nous livrer clé en main cette réduction, nous devons transformer nos sociétés et notre économie.

La techno-fixation masque l’incompatibilité entre la résolution du changement climatique et la croissance économique. Une approche rationnelle d’un problème certain et de sa batterie de solutions incertaines pourrait dire que la consommation devrait être limitée à partir de maintenant au durable, avec la possibilité d’augmenter cette consommation dans le future quand les technologies seront en mesure d’être mises en pratique. Au lieu de cela nous avons continué de consommer à outrance en attendant que d’hypothétiques nouvelles technologies soient mises en service. La persistance à prétendre qu’une solution nous attend au coin de la rue a permis aux politiciens et aux firmes de s’accrocher au mantra que la réduction des émissions n’affectera pas la croissance économique. En 2005, Dans son discours adressé au World Economic Forum, Tony Blair disait : « Si nous mettons en avant, comme solution au changement climatique, quelque chose qui aurait un impact sur la croissance économique, peu importe si c’est justifié ou non, ça n’ira tout simplement pas. (Nous soulignons 13)» Bien que ce point de vue soit en train de très lentement changer, il a contribué à reporter une possibilité d’actions à des années et des années.


Le changement climatique ne peut pas être examiné sans la conjoncture.

Le changement climatique n’est pas l’unique crise que la planète a à affronter. La pénurie de pétrole (ou pic pétrolier) est en passe de devenir un problème majeur dans les prochaines décennies, alors que les conflits pour s’octroyer les terres et les réserves d’eau, la déforestation et la destruction des écosystèmes, l’épuisement de la fertilité des sols et l’effondrement de la pêche posent déjà de plus en plus de problèmes pour les denrées alimentaires et la survie un peu partout dans le monde. Ça surplombe la continuelle question de l’équité et de la justice sociale.

Les solutions technologiques au changement climatique en général ne règlent pas toutes ces questions, à part là où elles pourraient réduire la consommation de pétrole. Cependant, même sans le changement climatique, cette crise systémique environnementale et sociale menace la société, et demande un travail bien plus en profondeur que la trouvaille de nouvelles technologies.



Le manque d’investissement.

Les gouvernements limitent leurs dépenses pour la réduction du changement climatique. L’investissement dans la recherche et le développement de l’énergie a massivement augmenté dans les années 70, à cause du choc pétrolier de 1973, mais les 30 dernières années, cet investissement, par rapport au PIB, a continuellement diminué à un point où il est à peu près comparable à celui d’avant 1973 14. Où est allé cet investissement, voilà une question à poser. Alors qu’il faut rechercher toutes les options possibles au changement climatique, le temps et les ressources sont limités.

Dans ce contexte, il est intéressant de rendre compte de la distinction entre les inventions, ou percées technologiques et les progrès de l’ingénierie.

Certaines des technologies proposées reposent sur des faits qui n’existent tout simplement pas encore ; les microbes synthétiques mangeurs de carbone et qui excrète de l’hydrocarbone ; un système efficace de véhicules fonctionnant à l’hydrogène ; l’énergie de fusion nucléaire. Ce n’est pas un argument contre toute possibilité d’investissement sur des technologies, mais c’est un argument contre la dépendance à une possible percée technologique. Les revendications au nom de quelque chose qui n’existe pas encore et pourrait résoudre un problème existant en utilisant les ressources qui nous restent, doivent être considérées comme une tactique pour garder des intérêts déjà en place.

D’autres technologies existent, mais nécessitent encore des améliorations, comme l’efficacité et le coût des panneaux solaires photovoltaïques ; les dispositifs utilisant l’énergie des vagues et de la marée ; les appareils électriques à basse consommation. Ces domaines peuvent être pertinents s’ils sont améliorés, mais le temps que cela mettra n’est pas prévisible. C’est sur cela que les investissements sur la technologie doivent se concentrer.

A présent, ce sont les technologies qui permettent aux marchés en place de perdurer et de continuer à recevoir le gros des investissements, sans considérations sur leur faisabilité ou leurs possibles bénéfices. L’investissement dans les agrocarburants ou les techniques de captage et stockage du carbone prive les recherches sur l’énergie des vagues, l’énergie décentralisée ou les changements économiques et sociaux à faire pour enrayer la dépendance pour la consommation énergivore. Le gouvernement américain a investi $179m dans les agrocarburants en 2008 15.  €10bn sont dépensés en France pour expérimenter un réacteur à fusion nucléaire 16. Détourner ainsi les moyens financiers de solutions plus immédiatement praticables va rendre difficile d’atteindre l’objectif de réduction des émissions pour 2015. Cela reporte la transition vers une consommation moins gourmande en carbone et met toute la planète en danger face au changement climatique.


Transition

La transition, - cette période de changement qui doit nous mener vers un futur plus durable, est un sujet houleux. Mais alors que ce changement doit se faire, le discours des gouvernements et des firmes le concernant n’est qu’une couverture qui cache la permission d’utiliser ces technologies à court terme que l’on sait injustifiables pour le long terme, comme la géoingénierie, les premières générations d’agrocarburants, les biochars, que l’on affirme pourtant nécessaires maintenant. Mais pourquoi ? En gros pour éviter de gros changements de train de vie aux pays riches consommateurs à outrance. Le discours sur la transition remet l’inévitable à plus tard. Quand la véritable transition vers un système plus équitable commencera-t-elle enfin ? Combien de temps cela va-t-il encore durer ?



D’autres solutions comme alternatives à la techno-fixation.

Le changement par les technologies est une partie de la solution. Mais seulement une partie. Cela reste utile tant que c’est compatible avec voire même soutient d’autres changements sur la façon dont la société fonctionne.


Le changement économique.

L’approche actuelle du changement climatique de la part des gouvernements consiste globalement à bricoler les constitutions en attendant que les marchés amènent à la réduction des émissions. Mais les marchés ne veulent pas faire de la réduction d’émissions, ils veulent faire du profit.
Les crédits carbone n’ont aucun rapport avec la réalité du coût social et environnemental des émissions. En attendant, les choix politiques qui auraient menacé l’économie ont été mis à l’écart.
Le capitalisme vert pose les mauvaises questions. Au lieu de se demander comment maintenir la croissance en vivant sur les ressources restantes de la planète, il faudrait se demander pourquoi la croissance est plus importante que la survie ?


Qu’est-ce que la croissance et en avons-nous besoin ?

Le système économique global actuel repose sur la supposition d’une croissance indéfinie. Alors qu’une croissance peut perdurer dans certains domaines sans user les ressources naturelles et augmenter les émissions, mais ceux-ci ne couvrent qu’une toute petite partie de l’économie – quelques services et des produits purement basés sur l’information. La croissance économique globale engendre une consommation en augmentation continuelle de biens, utilisant toujours plus d’énergie et de ressources minérale, forestière et agricole. Même si on peut réduire l’énergie dépensée par l’activité économique, la croissance vient toujours la happer et la consommation globale continue d’augmenter. L’énergie renouvelable ne peut pas en elle même découpler la consommation du changement climatique, tout simplement parce que les énergies que l’on appelle « renouvelables » ne sont pas inépuisables.

La croissance économique en elle même n’est pas une mesure pour le bien être humain, c’est une mesure de choses avec une valeur monétaire évaluée. Ces valeurs ont été érigées au rang du nécessaire, elles ne font que concentrer de profit de plus en plus dans les mêmes mains tout en laissant des millions de personnes dans une pauvreté indécente. Remettre la croissance dans son seule objectif économique ne requiert pas seulement de nouvelles dispositions et de nouveaux objectifs pour les gouvernements, mais aussi des changements fondamentaux des systèmes financiers, des grandes firmes (aussi basées sur la supposition d’une croissance illimitée), et de l’attente même des gens en matière de progrès et de succès. Construire un nouveau paradigme de démocratie économique, basé sur la rencontre humaine qui demande une vison durable et équitable, reste en soi même un gros défi, tout aussi important que celui du changement climatique, et ils restent interdépendants tant que notre civilisation ne change pas.


L’action politique.

La politique doit prendre des décisions. Des solutions efficaces et justes ne peuvent découler que de décisions qui impliquent tous ceux qui sont affectés par le résultat de ces décisions, et non d’un. Accord entre ceux à qui appartient le profit. Les politiques actuelles prennent des décisions sur les marchés répondant à des demandes, ce qui revient à laisser le capital prendre ces décisions.

En plus d’être complètement asservis à la croissance, les systèmes politiques actuels ne sont pas équipés pour traiter avec des questions sur le long terme. Des cycles d’élections de 5 ans et des courses aux suffrages rendent impossibles pour les politiciens de coordonner des changements sur une ou plusieurs décennies. Jouer avec les tendances du marché ne fera rien pour le changement climatique, il faut porter ses efforts sur des planifications à long terme et prendre de grosses décisions. Si cela arrivait, il faudrait beaucoup de maturité et de coopération, et surtout une population qui s’implique dans la vie politique réelle. Il faut briser le réseau d’intérêts des grandes firmes alliées aux politiques, car il privilégie le profit au détriment du durable et de l’équité, ne respecte pas la démocratie et mène tout droit à ces fausses questions qui poursuivent les gouvernements.


Le changement social.

Un changement social conscient veut dire création de systèmes permettant et encourageant les gens à conjuguer leurs besoins avec les limites des ressources planétaires. L’action individuelle « je réduis mon empreinte écologique » ne suffit pas, même si tout le monde s’y mettait, il y a trop de choses à traiter avec l’individualisme. Nous devons former des groupes d’intérêts communs et travailler collectivement, sous forme de communautés géographiques ou autres, afin de restructurer les relations pour une société qui n’émet plus de carbone.

Les graines de ce mouvement sont déjà là, prêtes à être semées, même au Royaume-Uni. Par exemple, les groupes « Transitions Towns » examinent systématiquement les impacts de leur communauté et crée un programme de coopération pour s’attaquer à chacun d’eux et réduire le carbone dans les délais demandés. Les communautés créent leurs propres plans d’actions durables, visent ce que font (ou ne font pas) les conseils locaux et le gouvernement national, pour mettre en place de réelles résolutions.

Prenons l’exemple des transports. Comme il est décrit dans le chapitre 4, il n’y a aucun techno-fix valable pour les carburants fossiles qui font marcher nos véhicules, en l’occurrence, les avions. La solution a été de réduire les trajets pour les gens et les biens de consommation. Cela serait possible si on rendait les équipements accessibles à une distance faisable à pieds ; si on avait moins à se déplacer pour le travail ; si on mangeait les denrées de saison, cultivables localement ; si les transports étaient publics ou en covoiturage. Tout cela requiert des changements majeurs, mais avec des effets bénéfiques non négligeables : des communautés revigorées, moins de stress, moins de morts ou d’accidents sur les routes.

Les grands changements nécessitent une réestimation de nos valeurs. Le consumérisme nous apprend à donner de la valeur aux possessions et non aux gens, à la pensée et à la dépendance. Conduis, ne marche pas. Achète des plats préparés, ne cuisine pas, ne plante pas. Achète neuf, ne cherche pas à réparer du vieux (et de toute façon, il a été conçu pour être irréparable). Le local ou le biologique est bien trop prise de tête pour nos petits cerveaux formatés à la consommation, à la quête du « bon marché », du « moins cher ». En fait, nous résistons tous à l’appel de la dépendance, nous savons bien que la propriété ne fait pas tout. Nous pourrions créer une culture qui encourage ce savoir plutôt que de le laisser de côté. Accroître la résistance et réapprendre des compétences pratiques pour pouvoir compter sur soi-même et baser ses relations sur l’altruisme sont au cœur de ce changement social dont nous avons besoin pour traiter avec cette consommation à outrance qui est responsable du changement climatique.





_______________________________________________
NOTES :

 9.  Lux Research, The Cleantech Report, 2007
10.  IPCC, Climate change 2007 : Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fourth Assesment Report of the Intergovernmental Panel on Climate change,
Cambridge Unervisty Press 2007.
11.  IPCC, Fourth Assessment Report. Climate Change 2007: Synthesis Report. Summary for Policymakers, Table SPM.6, 2007. www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ ar4/syr/ar4_syr_spm.pdf
12.  Colin Forrest, ‘Global and UK emissions reductions targets for 2030’ The Cutting Edge: climate science to April 2005. 
http://portal.campaigncc.org/files/the_cutting_ edge_climate_science_to_april_05.pdf
13.  ‘Blair bid for backing on climate’, BBC News, 26 January 2005, 
http://news.bbc.co.uk/1/hi/sci/tech/4210503.stm
14.   JA Edmonds, MA Wise, JJ Dooley, SH Kim, SJ Smith, PJ Runci, LE Clarke, EL Malone, GM Stokes, Global Energy Technology Strategy: Addressing Climate
Change, Phase 2 findings from an international public-private sponsored research program, May 2007, Battelle Memorial Institute
15.   President George Bush, 'State of the Union Address', 23/01/07. Full transcript available at http://www.america.gov/st/texttrans-english/2007/January/20070123210844abretnuh0.9462549.html
16.   'France gets nuclear fusion plant', BBC News, 29 June 2005, 
http://news.bbc.co.uk/2/hi/sci/tech/4629239.stm












| edit post

0 Reply to "Les techno-fixes, chapitre 2"