Traduction du rapport de Corporatewatch.org sur les techno-fixes
par Les Lucindas.
PDF original en anglais : télécharger / consulter en ligne.
CHAPITRE 1 : LA TECHNO-FIXATION
La crise climatique devient de plus en plus préoccupante et oblige à choisir des solutions. Cependant, tout un battage d’intérêts privés se réclame du débat concernant le futur. Ce rapport est consacré aux technologies à échelle planétaire que les entreprises et les gouvernements mettent en avant comme étant des solutions au changement climatique (le captage et stockage du carbone, l’hydrogène, les agro fuels et la géoingénierie), explique en quoi elles ne peuvent nous protéger des catastrophes climatiques et recherche des solutions plus réalistes et plus humaines.
Ce rapport offre une vue d’ensemble des questions accompagnant chaque technologie présentée comme une solution au changement climatique, ainsi que des analyses conjointes et un cadre comparatif. Prendre les bonnes décisions technologiques est vital, puisqu’il s’agit d’éviter les effets dévastateurs d’un changement climatique. Mais la plupart des technologies mises en avant comme solution à cette crise ne marchent tout simplement pas et empirent même la situation, causant des dommages environnementaux ou n’étant pas opérationnelle sur l’échelle temporelle dont nous avons besoin. Même combinées, elles ne pourraient pas régler le problème globalement – par exemple, il n’existe pas une techno-fixation qui peut régler la question de la déforestation, responsable d’un cinquième des émissions à effets de serre.
Les techno-fixes sont attrayants. Ils attirent les dirigeants qui veulent mener de vastes projets pour y accoler leur nom. Ils attirent les gouvernements qui veulent gagner des voix lors de campagnes électorales à courtes échéances, et ne veulent pas avoir à assumer des changements radicaux dans les choix économiques et sociaux. Ils attirent les entreprises qui veulent créer des nouveaux marchés et les posséder via les droits de propriété intellectuelle et la marchandisation des émissions. Ils attirent les médias dirigés par la publicité qui ne misent que sur le nouveau buzz à propager, bien trop superficiel pour cerner des enjeux scientifiques sous jacents. Ils attirent toute une population de consommateurs de gadgets hi-tech appartenant au versant riche du monde. Ils attirent les comptables du carbone : la réduction technologique des émissions est soigneusement quantifiée, si on écrit correctement la somme. Les techno-fixes attirent, en bref, ceux qui ont le pouvoir, car ils offrent le moyen de maintenir les pouvoirs et privilèges en place.
Mais pourquoi sont-ils de mauvaises réponses, alors que la technologie reste la réponse clé ? Le discours du remède miracle ignore complètement la complexité de la situation, composées de besoins différents, et la raison du changement climatique, si largement diffusée et si pauvrement mesurée. En bref, ça n’aborde pas le problème. Si nous voulons des solutions justes, sociales et durables au changement climatique alors nous devons avoir un regard très critique sur la façon dont nos systèmes sociaux et économiques ont échoué. Si l’approche de ce problème se fait d’abord par le prisme technologique elle peut creuser les inégalités entre les pauvres et les riches, et ces derniers ont les moyens de s’offrir une propriété technologique via le copyright qui leur permettre de maintenir leur train de vie alors que les pauvres gens vont souffrir des pires impacts climatiques. L’injustice sociale aura atteint son sommet le plus haut, et n’engendrera que le conflit.
L’URGENCE INTERNATIONALE.
Le changement climatique a déjà eu lieu. L’air est les océans se sont déjà réchauffés, les saison de croissance végétale se sont déjà modifiées et les calotte glacière ou de neige ont déjà diminué dans le monde. Des événements météorologiques extrêmes comme les inondations, les cyclones et les sècheresses sont en augmentation. [1] L’OMS estime que 150000 personnes sont mortes à cause des changements climatiques en 2007[2].
Et ça ne va pas s’arranger. Une hausse de température d’environ 4° serait communément établie, peut-être devrons-nous nous attendre à une hausse de 6° pour ce siècle[3].
Beaucoup de scientifiques considèrent que de limiter l’augmentation des températures à un maximum de 2 degrés par rapport au niveau préindustriel est nécessaire si nous voulons éviter les effets dévastateurs du changement climatique[4]. Le GIEC, qui représente le consensus scientifique international sur ce sujet, suggère que pour avoir une chance de limiter le réchauffement à 2 degrés requerrait de s’y mettre d’ici 2015 dernier délai, avec une baisse entre 50 et 80% (par rapports aux niveaux de 2000) des émissions d’ici 2050, et en particulier pour les pays industrialisés une baisse de 25 à 40% d’ici 2020, et de 90 à95% d’ici 2050[5]. Cela représente une baisse d’émissions de carbone de 5% par année et chaque année.
Cela pourrait se passer bien plus mal : l’augmentation globale des températures peut aussi déséquilibrer l’écosystème planétaire, ce qui provoquerait encore plus d’émissions de gaz à effet de serre par un effet rétroactif menant à une accélération catastrophique du changement climatique. Deux exemples peuvent illustrer le risque : la température des sols augmente, les bactéries qui y vivent respirent plus et génèrent plus de carbone. Si la température de l’air augmente, les forêts tropicales en meurent, relâchant le carbone qu’elles détiennent dans l’atmosphère, ce qui accélère l’augmentation des températures. Un article récent estime que de tels effets rétroactifs comptent déjà pour 18% dans le réchauffement climatique.
Un réchauffement de plus de 2 degrés aurait pour résultats :
· Une baisse globale de la production agricole, entrainant la famine pour des millions de gens, donc de l’insécurité et des conflits.
· Plus de trois milliards de personnes seront à court d’eau potable d’ici 2050, la hausse du niveau des mers et océans détruiraient les villes, les ports et les espaces cultivés, privant des millions de personnes de logement.
· En tout il pourrait y avoir plus d’un milliard de réfugiés climatiques d’ici 2050.
Une augmentation de plus de 4° mènerait à des changements excédant la capacité géophysique, biologique et socioéconomique des systèmes actuels[6]. Si nous ne nous débrouillons pas pour réduire nos émissions d’ici 2015, nous sommes bons pour ces scénarios.
Donc si une technologie ne peut pas être développée et déployée dans la décennie prochaine, elle ne nous sera de peu d’utilité. Attendre des décennies une technologie qui marche avant de se décider à cesser les émissions se révèlera désastreux[7].
[1] Cf. Assessment Report 4, Working Group II. http://www.ipcc.ch
[3]GIEC : Climate Change 2007: Synthesis Report: Summary for Policymakers, ‘Table SPM1’, A1F Scenario, 2007, p8
[4]Avoiding Dangerous Climate Change, International Symposium on the Stabilisation of Greenhouse Gas Concentration, Hadley Centre, Met Office, Exeter, UK, 1-3
February 2005, Report of the International Scientific Steering Committee, May 2005, p6
February 2005, Report of the International Scientific Steering Committee, May 2005, p6
[5] GIEC, Fourth Assessment Report. Climate Change 2007: Synthesis Report. Summary for Policymakers, 2007, Table SPM.6 http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.htm#21/
[6]Joseph Canadell et al, ‘Contributions to accelerating atmospheric CO2 growth from economic activity, carbon intensity, and efficiency of natural sinks’ Proceedings of the National Academy of Sciences. 25 October 2007
http://www.pnas.org/content/104/47/18866.full.pdf+html?sid=456b9146-9fda-4893-89d3-b4d82e1598c1
http://www.pnas.org/content/104/47/18866.full.pdf+html?sid=456b9146-9fda-4893-89d3-b4d82e1598c1
[7]GIEC : Climate Change 2007: Synthesis Report: Summary for Policymakers, ‘Table SPM1’, A1F Scenario, 2007, p10-13










